C’est une histoire qui commence par un détail banal : une eau qui vire à une teinte inhabituelle en baie de Concarneau, à l’été 2024. Des promeneurs, application smartphone en main, prennent quelques photos, un échantillon d’eau, puis signalent la scène via le programme Phenomer. Deux ans plus tard, l’Ifremer annonce, dans un communiqué du 7 juillet 2026, que ces relevés citoyens ont conduit à identifier une classe entière de phytoplancton jusqu’ici inconnue de la science. Pas une simple espèce inédite : un pan complet de l’arbre du vivant marin, resté sous les radars des laboratoires.
Une découverte partie d’un signalement bénévole
La séquence est la suivante : à Concarneau, l’eau change de couleur, plusieurs témoins l’observent depuis la côte, quelques-uns décident de passer par l’application gratuite Phenomer, coordonnée par l’Ifremer. Ils décrivent ce qu’ils voient, joignent une photo, déposent un échantillon dans un point relais partenaire (club nautique, capitainerie ou association). Les prélèvements remontent aux équipes scientifiques, qui les analysent en laboratoire avec l’unité ISOMer de Nantes Université. Résultat : les microalgues observées ne rentrent dans aucune classe déjà décrite. La publication scientifique correspondante est en cours de finalisation, selon l’Ifremer.
La portée est loin d’être anecdotique. Plus de 5 000 espèces de microalgues sont déjà répertoriées à l’échelle mondiale, mais l’océan côtier reste étonnamment mal connu. Une étude interne à Phenomer, publiée en 2020, indique que près de 60 % des efflorescences signalées par les citoyens n’auraient pas été détectées autrement par les dispositifs officiels de surveillance. Autrement dit : sans les yeux du grand public, l’événement de Concarneau, et sa nouvelle classe d’algues, seraient probablement passés inaperçus.
Phenomer 2.0 : les satellites entrent en scène
L’annonce de la découverte a coïncidé avec le lancement d’une version 2.0 du programme. Là où Phenomer reposait jusque-là essentiellement sur des signalements humains, le dispositif intègre désormais un système d’alerte automatique fondé sur l’imagerie des satellites européens Sentinel-2 et Sentinel-3 du programme Copernicus. Un modèle d’intelligence artificielle, développé conjointement par l’Ifremer et le laboratoire ISOMer, détecte les changements de couleur de l’eau sur les images orbitales et déclenche une alerte à laquelle les citoyens et les scientifiques peuvent réagir.
Le principe est complémentaire : le satellite balaie de larges surfaces sans jamais fatiguer, le promeneur, lui, apporte l’observation de terrain — la nuance de couleur exacte, la présence d’une odeur, la localisation précise — et surtout l’échantillon physique, indispensable à toute identification en laboratoire. Cette combinaison, encore rare en Europe, place la France dans une position pionnière sur la surveillance participative du littoral.
Pourquoi cela nous concerne toutes et tous
- Un signal environnemental : les efflorescences de microalgues, ou « eaux colorées », sont des indicateurs de l’état des écosystèmes côtiers, sensibles aux nutriments, à la température et aux courants.
- Un enjeu sanitaire : certaines espèces produisent des toxines qui affectent coquillages, poissons et, dans certains cas, la baignade. Le réseau REPHY, également coordonné par l’Ifremer, en assure la veille.
- Un enjeu de connaissance : chaque signalement peut, comme à Concarneau, révéler des formes de vie totalement nouvelles, à quelques mètres du littoral.
- Une action à portée de smartphone : l’application Phenomer est gratuite et fonctionne partout sur les côtes françaises depuis son extension nationale, après une phase pilote en Méditerranée en 2023.
Une méthode qui bouscule les vieilles idées reçues
On oppose souvent recherche « sérieuse » et science participative, comme si la seconde n’était qu’un supplément d’ambiance. La découverte de Concarneau illustre exactement l’inverse : ce sont des non-spécialistes qui, en signalant un phénomène qu’ils ne comprenaient pas, ont mis les chercheurs sur la piste d’une classe entière du vivant marin. Le tandem observation citoyenne + satellite + intelligence artificielle constitue, de fait, une nouvelle génération d’outils de veille écologique, appelée à se déployer bien au-delà des microalgues.
À court terme, l’Ifremer parie sur une multiplication des signalements grâce à la version 2.0. À plus long terme, le modèle pourrait inspirer d’autres champs de la recherche scientifique, du suivi des espèces invasives à la surveillance des sols. Une bonne nouvelle pour l’écologie, à un moment où les actualités locales autour du littoral breton (marées vertes, ostreopsis dans le sud-ouest, remontée d’espèces méditerranéennes) confirment que les côtes françaises entrent dans une phase de transformation rapide.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une « classe » de phytoplancton, exactement ?
En biologie, une classe est un rang taxonomique supérieur au genre et à l’espèce. Identifier une nouvelle classe signifie découvrir un groupe entier d’organismes qui ne se rattache à aucun de ceux déjà décrits. C’est nettement plus rare, et scientifiquement plus significatif, que la seule description d’une espèce inédite.
Comment participer au programme Phenomer ?
Il suffit de télécharger l’application Phenomer (gratuite), de renseigner l’observation en cas d’eau colorée, mousse suspecte ou efflorescence, et de déposer si possible un échantillon dans un point relais (club nautique, capitainerie, association partenaire). L’Ifremer s’occupe ensuite de l’analyse et informe le déclarant du résultat.
Ces algues représentent-elles un danger pour la baignade ?
À ce stade, l’Ifremer n’a pas signalé de risque sanitaire lié à cette nouvelle classe précisément identifiée en baie de Concarneau. La toxicité éventuelle fait partie des points étudiés dans la publication scientifique en préparation. En cas de doute face à une eau colorée, la consigne reste classique : éviter la baignade et signaler l’observation via Phenomer ou aux autorités locales.
Sources
- Communiqué Ifremer, 7 juillet 2026 — « Des alertes satellites pour mieux traquer les blooms »
- Media24 — « Une nouvelle classe d’êtres vivants découverte près de Concarneau »
- Breizh-info — « Phytoplancton : satellites et citoyens traquent les eaux colorées »
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